Lezingen, inleidingen, workshops...Marguerite Duras : Laat de cinema ten gronde gaan. De cinema van Marguerite Duras

La Fadeur sublime

Violaine de Villers, België 1983 ⁄ kleur ⁄ 30' ⁄ V: FR ⁄ OND:  —

Les Enfants

Marguerite Duras, Jean Mascolo, Jean Marc Turine, Frankrijk 1985, Axel Bogousslavsky, Daniel Gélin, Tatiana Moukhine ⁄ kleur ⁄ 84' ⁄ V: FR ⁄ OND:  —

En rachâchant

Jean-Marie Straub, Danièle Huillet, Frankrijk 1982, Olivier Straub, Nadette Thinus, Raymond Gérard ⁄ ZW ⁄ 7' ⁄ V: FR ⁄ OND:  —

Vanaf de jaren 1980 kreeg het kind, in Les Enfants vertolkt door een volwassene, meer aandacht in het werk van Duras. De Belgische scenarist Jean-Marc Turine, co-schrijver van de film, organiseerde begin jaren 1980 een grote retrospective ter ere van Duras. Tevens vertoning van La Fadeur sublime, door Violaine de Villers. Beide makers brachten vaak tijd door met Duras, waarover Turine een prachtig boek schreef. Als afsluiter van deze voorstelling, En rachâchant van Danièle Huillet en Jean-Marie Straub.

Voorstelling ingeleid in het Frans door Violaine de Villers en Jean Marc Turine (filmmakers).

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« La Fadeur sublime... de Marguerite Duras »

Un film écrit et réalisé par Violaine de Villers

Le titre de mon film La Fadeur sublime est extrait d’un texte de Marguerite Duras qui s’intitule Les enfants maigres et jaunes. Ce texte, fondateur pour moi, de M.D. paraît dans le 1er n° de la Revue Sorcières, une revue féministe française. Nous sommes en 1976, je découvre ce texte avec beaucoup d’émotion : Les enfants maigres et jaunes dévoilait pour moi l’origine, le fondement de l’imaginaire à l’oeuvre dans les romans que MD avait publiés jusque là.

J’avais lu dès 1964, à sa sortie Le ravissement de Lol V Stein. Ce livre avait bouleversé l’adolescente que j’étais et m’avait incité à découvrir ses autres romans. J’avais senti en filigrane la construction d’une culture tierce, un langage – forme et contenu – si personnel et si suggestif de l’ici et de là-bas. Une invention permanente, un univers fantasmé. J’ai envie de citer ici un dicton sino-vietnamien : À la longue, le faux devient le vrai.

Et voici tout à coup, ce texte en 1976 qui vient surenchérir ma pensée, mes idées sur la douleur de cette écrivaine exilée, privée de l’univers qui l’avait fait grandir, qui l’avait élevée. Je parle du Vietnam, bien sûr.

Marguerite Duras est née Marguerite Donnadieu, le 4 avril 1914 à Gia Dinh, dans la banlieue de Saigon. Avant de détailler ce que j’ai « dans la tête », je désire préciser un point qui, sans être essentiel, a pu influencer mon envie de réaliser ce film, en sa compagnie : j’ai connu et fréquenté Marguerite Duras, entre 1971 et 1996. Cette connaissance n’implique pas bien sûr une meilleure lecture de ses livres. De cette connaissance résulte peut-être et plus simplement une lecture différente, ou plus vigilante quant à des «petites choses».

Enfant, Marguerite Duras a vécu comme un déracinement son départ d’Indochine. Fille et petite-fille de femmes émigrées moi-même, j’ai toujours perçu ce que pouvait être le sentiment d’irrémédiable perte provoqué par l’exil, mais aussi l’énergie, la quête incessante – d’une mémoire, d’un lieu à habiter, d’une identité – que ce sentiment peut susciter. C’est le fil qui court à travers tous mes films, en particulier celui-ci réalisé en 1983.

Sa terre d’enfance est restée pour MD un objet de nostalgie, mais d’une nostalgie douloureuse. Elle est le lieu où elle a éprouvé l’injustice et côtoyé la misère des Vietnamiens au milieu desquels vivait sa famille. Elle est encore le lieu de mémoire de sa relation à une mère perçue comme mal aimante. MD est habitée par tout cela.

L’expérience de tels traumatismes chez beaucoup débouche sur une vie aux apparences planes, tranquilles, mais rongée par d’inavoués tourments. Elle conduit d’autres à faire leur œuvre d’une vie à la dérive, à travers le délit, la déviance, la marginalité. Elle peut conduire enfin certains, comme Marguerite Duras, à la création artistique, à exorciser et transfigurer les traumatismes par l’écriture, l’image, le son, à travers des jeux et des échanges suscités entre le réel, la mémoire et l’imagination.

Mon point de vue personnel sur l’œuvre de Marguerite D. concerne sa nécessité d’écrire, d’opérer un bouleversement. Duras aime la vie, sa vitalité intérieure lui permet de réagir. À trente-six ans, elle écrit son premier roman. Les rapports de force s’inversent, Marguerite Duras reprend possession de son univers originel, de son berceau à travers l’écriture et ses inventions, ses transpositions, ses retournements, ses mentir-vrai, ses éblouissements entre fiction et réalité.

De la souffrance, de la richesse de la confrontation, de la solitude de l’exil, mais aussi de la séduction, du charme de l’étranger, jaillit une source d’inspiration intarissable. La distance géographique, sociale et culturelle empêche toute vérification. Elle peut construire, faire des variations sur un même thème comme en musique, proposer des échos multiples à sa situation : une enfance blanche mais pauvre dans une Indochine colonisée et les remous d’un amour maternel qui la dépossède d’elle-même.

Dans cette ambivalence et cette nécessaire déchirure se joue pour Marguerite la question de sa liberté ou de son aliénation. Voilà les deux axes que je me propose d’éclairer, nourris par l’écriture et les propos de Marguerite Duras, dans mon film La Fadeur Sublime qui s’articule autour de son texte Les enfants maigres et jaunes. Texte que je lis en voix off.

Comme il n’était pas question à l’époque de me déplacer au Vietnam, j’ai choisi comme image pour ce texte Les enfants maigres et jaunes, une allée d’arbres qui conduit à la forêt. Une image sans frontière, comme suspendue entre le ciel et l’eau. On ne sait plus où l’on est, dans le reflet de l’eau ou dans le ciel. Une image métaphore de l’enfance, de l’approche du mystère, du secret intérieur de M.D., une image qui revient avec insistance, toujours en mouvement, en travelling.

J’ai entouré ce texte par deux des grands amis de M.D., le musicien Carlos d’Alessio et le comédien Michaël Lonsdale. Nous découvrons ainsi les témoignages des belles collaborations de Marguerite Duras avec son ami argentin Carlos d’Alessio, réfugié à Paris et compositeur d’India Song dont il a mixé la musique avec « Mañana Goodbye » pour en faire une œuvre métisse. Témoignage aussi de son ami et comédien favori Michaël Lonsdale d’origine anglaise qui a vécu son enfance et sa jeunesse en Inde. Michaël Lonsdale jouait le rôle du Vice-Consul dans India Song. Les trois personnages centraux du film ont donc en commun une même expérience, celle du déracinement.

Le souvenir de ce qui n’est plus mais qui a été comme matière première d’un imaginaire ; l’imagination comme «mentir-vrai», comme quête d’une vérité à travers les jeux du style, de l’écriture – en mots, en sons, en cris… - sur le miroir déformant de la mémoire, ce sont ces éléments-là qui ont inspiré mon film La Fadeur Sublime…. »

Toutes les archives photographiques reprises dans le film ont été réalisées lors du tournage d’India Song par son fils Jean Mascolo.

Ce film (30 min) a été produit par Archives et Musée de la Littérature de la Communauté française de Belgique à l’occasion de la première grande manifestation d’hommage rendue à Marguerite Duras de son vivant, organisée à Bruxelles en 1983.


Je voudrais citer ici un extrait du texte ÉCRIRE (1993)

Ça rend sauvage, l'écriture.
On rejoint une sauvagerie d'avant la vie.
Et on la reconnaît toujours, c'est celle des forêts,
Celle ancienne comme le temps.
Celle de la peur de tout, distincte et inséparable de la vie même.
On est acharné. On ne peut pas écrire sans la force du corps.
Il faut être plus fort que soi pour aborder l'écriture,
Il faut être plus fort que ce qu'on écrit.

Je pense que des événements ou des circonstances traumatiques peuvent être à l’origine d’un travail de création pour, sinon les dépasser, du moins les tenir à distance pour en diminuer les effets de souffrance.

— Violaine de Villers

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