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BELGORAMA

REMUE-MÉNAGE À LA TÉLÉ: FAITS DIVERS: 1968 - 1977

06.01 > 18.02


 

En collaboration avec SONUMA et Médor

 

Dans le prolongement de la rétrospective récente du documentariste de la BRT Jef Cornelis, CINEMATEK vous propose de redécouvrir la valeur cinématographique des épisodes les plus emblématiques d’une œuvre qui a fait les riches heures de notre télévision de service public, cette fois-ci, côté francophone. Et pour inaugurer ce cycle, CINEMATEK a invité le 06.01 Jean-Jacques Péché, qui forma avec Pierre Manuel le duo mythique initiateur de cette série qui remua la télévision publique.

"Série lancée en 1968 et pilotée par Pierre Manuel et Jean-Jacques Péché (il faut aussi mentionner le rôle important de Manu Bonmariage derrière la caméra pour Week-end), Faits divers est une série produite par la RTBF jusqu’à l’orée des années 1980, moment où le supertanker Strip-tease viendra en prendre le relais et en prolonger l’esprit frondeur. Riche d’une trentaine de documentaires sociaux, Faits divers connaît un très grand retentissement national et international : il se verra primer dans de nombreux festivals (Monte-Carlo, Cannes, Prague, Montréal, Knokke…). Couronnée au cours de ses années de diffusion par trois Antennes de cristal (un prix décerné chaque année par des critiques de film et de télévision en Belgique) et en 1975 par le Grand Prix de la critique, la série fait encore l’objet de régulières rediffusions, notamment à travers quelques fleurons qui n’ont pris qu’une poignée de rides, et encore, plutôt nobles. La Bataille des Marolles, chronique sensible et audacieuse comme le service public savait et osait alors en produire, Une saisie, drame social qui s’achève par l’intervention des huissiers, Les Fonctionnaires et puis bien sûr Week-end, tranche de vie truffée de répliques gimmicks et devenu depuis film-culte (pour les Snuls, entre autres)… constituent sur le tas cette catégorie remarquable qualifiée tantôt de « documentaire de fiction », tantôt de « document romancé» : une étape entre les « Faits divers » d’autrefois et les fictions documentaires à venir, sorte de point charnière quittant un registre classique pour entrer à tâtons dans un autre, plus aventureux - avant de devenir lentement, irrémédiablement, un système. Car la logique roublarde, médiocre et mercantile de la téléréalité allait saper en moins d’une génération la notion même de document, brader l’information, remplacer l’humour complice par la raillerie. La curiosité fait place au cynisme, la simplicité (avec sa dose éventuelle de maladresse) à la spectacularisation et à l’outrance, la réflexion à la spéculation ou au calcul. Quarante ans après, Faits divers passerait peut-être (si encore il passait !) pour un produit de niche, prié de ne pas aboyer trop fort au risque de se voir muselé et reformaté. On a reproché parfois à ses réalisateurs de se borner à illustrer ce que tout le monde sait déjà, et surtout de le faire selon un schéma préétabli caressant dans le sens du poil stéréotypes et préjugés ; d’ériger un monument à la banalité, une estrade aux pensées de bistrot, en mettant de surcroît dans la bouche des protagonistes des dialogues préparés qui ne visent qu’à étayer des thèses ambiantes. Ailleurs on a salué un regain de spontanéité, un abord chaleureux, cette façon de prendre interlocuteurs et caméra de la même façon (à l’épaule), une disponibilité nouvelle à l’écoute, à l’aléa, à l’accident : bref, une salutaire liberté de ton qui, en ce temps-là, ne s’encombrait pas trop de règles, ni de recettes, ni de principes étriqués… - "
- Emmanuel d’Autreppe
(d’après un texte publié dans Regards sur le réel. 20 documentaires du 20e siècle, Yellow Now/Cinémathèque de la Fédération Wallonie-Bruxelles, 2013).

 

En collaboration avec SONUMA et Médor