de Jean-Paul Civeyrac, France 2010Elise Lhomeau, Léa Tissier, Elise Caron / couleur / 85'
Deux adolescentes sauvages d'origine modeste partagent un penchant pour la violence et un mépris total pour le monde. Seule leur amitié leur permet de trouver un peu de paix. Elles deviennent chaque jour plus intraitables pour leur entourage et perçoivent elles-mêmes leur situation comme sans issue. Elles finissent par décider d'y mettre ensemble un terme. Le réalisateur Jean-Paul Civeyrac (sélectionné en 2003 pour les Cinédécouvertes avec Le doux amour des hommes) a mené pendant plus de dix ans une enquête sur les doubles suicides et questionne d'une manière pertinente l'aspect romantique de l'acte de se donner la mort. Un drame au cadrage strict et à la photographie pleine d'atmosphère.
Avec Des filles en noir, Civeyrac donne son étude personnelle d'un thème cinéphile patrimonial, de Bresson, (le Diable probablement) à Sofia Coppola (Virgin suicides). On sait depuis Ni d'Eve ni d'Adam, son premier film, qu'il admire le premier, dont on vérifie ici aussi l'empreinte, mais Des filles en noir peut également s'entendre comme un écho français, arte povera et introverti au film de filles réalisé par Coppala "fille". Avec tact et précision, le cinéaste donne au motif du suicide juvénile une texture politique particulière. Il y a un défaut social à l'œuvre, sinon une défausse, à l'affût duquel nous place le film. Sans quitter d'un pas ses héroïnes assumant, avec elles, leur point de vue. Olivier Séguret, Libération, 19.05.2010
Civeyrac is a filmmaker with one foot in the contemporary world (the girls run around tagging walls and cars), yet he also encases his typically young characters in a setting and mood that can be otherworldly or mythical -- whether in the classical widescreen framing of the brooding girls or a later scene of Noemie, seeming to find her proper voice, playing the flute in the school orchestra. (...) Civeyrac knows how to end his films, though, and leaves Noemie in a memorable state of suspended animation, seemingly ready to emotionally move on, yet uncertain what to do next. Scenes like these are what consistently make Civeyrac's films marvels for the eye and ear, with masterful production in all departments. Lhomeau and Tissier dominate onscreen as an exceptionally lovely pair of faces, with Lhomeau finding greater depth in the final section. Music selections from Gluck, Brahms, Rousseau and J.S. Bach aren't merely sonic window dressing, but inherent to the characters. Robert Koehler, Variety, 31.05.2010