SACHA GUITRY
01.07 > 29.08
Acteur, fils d'acteur (Lucien Guitry, considéré comme le plus grand de son temps), dramaturge et metteur en scène à succès, écrivain et homme d'esprit, Sacha Guitry (1885 — 1957) est aussi un scénariste et un cinéaste dont le temps n'a fait que rehausser l'importance et le statut dans la hiérarchie du cinéma français. La CINEMATEK vous propose de revisiter l'œuvre d'Alexandre Georges-Pierre Guitry, dit Sacha.
Auteur d'une centaine de pièces de théâtre dont il a adapté au cinéma les plus importantes, Guitry, après une tentative documentaire à l'époque du muet, avec Ceux de chez nous — où il filme les artistes qu'il considérait comme les plus grands de son temps (Sarah Bernhardt, Edgar Degas, Anatole France, Lucien Guitry, Octave Mirbeau, Claude Monet, ...), ne commença réellement à s'intéresser au cinéma qu'à l'âge de cinquante ans. C'est sa troisième épouse, Jacqueline Delubac, qui le convainc de filmer ses pièces de théâtre, afin de les conserver, telles qu'elles furent créées, pour l'éternité (et d'en faire bénéficier le public de province). Ce que fit Sacha avec un sens du cadre, de la frontalité et du découpage qui aurait dû mettre la puce à l'oreille de ses détracteurs. D'ailleurs, très vite, et sans cesser de documenter son travail de dramaturge, Guitry fils comprend que le cinéma est un mode d'expression à part entière. Qu'il possède un langage et une technique propres qu'il lui faut faire siens. L'apprentissage sera de courte durée, puisque un an après Pasteur qui inaugure sa filmographie, il réalise ce que beaucoup considèrent comme son chef-d'œuvre, Les perles de la couronne (qui est déjà son quatrième film). Adaptant un de ses (rares) romans, il y fait un usage totalement original du langage cinématographique, mélangeant séquences muettes quasi-documentaires (salles de jeu, vues de Monte-Carlo, relève de la garde du Palais princier qu'il passe à l'endroit et à l'envers !) commentées en voix-off et des scènes jouées en studio, à partir de la terrasse d'un bistrot d'où il s'adresse à nous sur le ton du conteur avec une langue et une diction qui n'appartiennent qu'à lui. Si, avec l'âge et les déboires qu'il connaîtra après la Libération, le ton change et devient plus dur, presque cassant parfois, il reste toujours capable de la plus grande fantaisie — une fantaisie où il n'hésite pas à glisser du sens, comme dans Remontons les Champs-Elysée où il fait dialoguer Bonaparte avec Napoléon (le premier y faisant repproche au second d'avoir oublié les idéaux de sa jeunesse). C'est, toutefois, dans la dernière ligne droite de sa carrière et de sa vie (depuis longtemps inextricables) qu'il va livrer, à côté de ses grandes fresques « historiques », un groupe de quatre chefs-d'œuvre (La poison, La vie d'un honnête homme, Assassins et voleurs, Les trois font la paire) comme autant d'épures où Guitry parle du crime (et le montre) de la police et de la justice — que ce soit à travers la guerre conjugale, contée jusque-là sur le mode aimable de la comédie et qui cède la place ici à une lutte à mort, ou du monde des flics et des voyoux. De ses films, Guitry s'excluera progressivement (à l'exception du dernier où l'artiste reprend son rôle de conteur en guise d'ultime salut), faisant appel à un double monstrueux en la personne du génial Michel Simon pour trois d'entre eux et allant jusqu'à confier la voix-off d'Assassins et voleurs (réalisé l'année de sa mort) à Jean Poiret.
Beaucoup placent aujourd'hui Sacha Guitry à l'égal des Jean Renoir et Max Ophuls, alors qu'il fut brocardé tout au long de sa carrière, sous le prétexte qu'il n'aurait utilisé le cinéma que pour faire de la « mise en boîte » de ses pièces de théâtre ou flatter son ego exhibitionniste ». Réhabilité par la Nouvelle Vague et tout particulièrement par Truffaut qui le considérait comme l'égal d'un Lubitsch et voyait en lui le précurseur du cinéma d'auteur, plus personne ne conteste aujourd'hui le talent cinématographique du réalisateur du Roman d'un tricheur.
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