ORSON WELLES
25.08 > 27.08
Enfant prodige devenu l'un des plus grands cinéastes de l'histoire, Orson Welles aura connu une carrière fabuleuse et cahotique dont le cinéma reste la part visible d'une immense geste artistique englobant le théâtre, la radio et le music-hall. CINEMATEK vous propose une large sélection de l'œuvre de ce colosse aux pieds d'argile, parcourant tant son activité de réalisateur que d'acteur.
C'est le scandale créé par son adaptation radiophonique de La guerre des mondes, en 1938, qui expédie Welles à Hollywood où il signe le plus mirifique des contrats avec la RKO, celui de pouvoir réaliser ou produire trois films en toute liberté. Pour Citizen Kane, Welles et Joseph Manckiewicz écrivent un scénario inspiré de la vie du magnat de la presse, William Randolph Hearst, que Welles réalise avec la troupe du Mercury Theater — et l'aide du directeur de la photo, Gregg Toland. La sortie du film va, hélas, être contrariée par le modèle de Kane. Hearst, en effet, tentera en vain de racheter le négatif du film afin de le brûler et interdira ensuite qu'il soit projeté dans son réseau de salles. Si Kane (Oscar du meilleur scénario en 1942) sidère tous ceux qui le voient, il faudra attendre sa diffusion en Europe après la guerre pour qu'il prenne sa véritable dimension : celle de la naissance du cinéma moderne. Malheureusement, après la production sans problèmes de Voyage au pays de la peur réalisé par Norman Foster, la lune de miel de Welles et d'Hollywood va brutalement tourner court. Alors qu'il est en Amérique du Sud en train de tourner pour la fondation Rockfeller, It's all true, (dont il ne subsiste qu'un épisode), La splendeur des Amberson est remonté par le studio qui en supprime 43 minutes. On ne retrouvera Orson Welles derrière une caméra que trois ans plus tard avec Le criminel, un thriller anti nazi, où il gomme partiellement son style. Grâce à Rita Hayworth, sa seconde épouse et l'une stars majeures de l'époque, il réalise l'année suivante La dame de Shanghaï, un film noir baroque, doublé d'une vraie déclaration de guerre à Hollywood à travers son éclatement narratif et sa Gilda rousse devenue blonde platine. En conséquence, il devra tourner son premier Shakespeare, un Macbeth crépusculaire, païen et désespéré, pour Republic Pictures, spécialisé dans la série B. Son avenir est dorénavant en Europe. Il mettra pourtant quatre ans à tourner Othello (Grand Prix à Cannes en 1952) qu'il financera lui-même grâce aux rôles qu'il joue dans les productions américaines tournées sur le vieux continent. Mr. Arkadin le voit renouer avec le film-enquête et la structure de Kane. C'est par un concours de circonstance (Charlton Heston, son interprète principal, souhaite qu'il le réalise) que Welles va réaliser La soif du mal, un de ses chefs-d'œuvre absolus — et mettre involontairement un point final à sa carrière américaine. Si tout se passe bien pendant le tournage, Welles se voit débarquer du montage et le film remisé sur une étagère — avant d'être ressuscité par l'Exposition Universelle de Bruxelles en 1958 et Jacques Ledoux. Welles, définitivement de retour en Europe, démontre avec Le procès, adapté de Kafka, qu'il est totalement en phase avec le cinéma moderne européen. Sa troisième incursion dans l'œuvre de Shakespeare, Falstaff, tournée en Espagne deux ans plus tard est, une fois de plus, un stupéfiant chef-d'œuvre — et sa dernière œuvre de fiction pour le cinéma. Son premier film en couleur, Une histoire immortelle, sera produit par la télévision française. La suite se résumera à des films-essais (comme il les a baptisés), dont le magnifique Vérités et mensonges, une réflexion sur l'art et ses faussaires. Reste, à l'exception de Don Quichotte, dont il existe un montage final contesté, quelques films dans un état d'inachèvement plus ou moins prononcé — dont le longtemps espéré The other side of the wind.
+ En savoir plus
En bonus au programme Welles : passez par notre VIEWING SPACE