Eric Rohmer (de son vrai nom Maurice Schérer) commence en littérature par la publication d'un roman, Elisabeth, sous le pseudonyme de Gilbert Cordier. Passionné de cinéma, il allie bientôt ses talents d'écrivains à ceux de cinéphile, et rédige ses premières critiques de films dans la revue qu'il a lui-même fondée: La gazette du cinéma. Il signe ses articles du nom d'Eric Rohmer pour cacher ses activités à ses parents. Il entre ensuite aux Cahiers du Cinéma dont il deviendra le rédacteur en chef de 1957 à 1963. Il y fait la connaissance des autres jeunes turcs (Godard, Truffaut, Chabrol et Rivette), et à l'image de ses condisciples, il ne tarde pas à passer de la critique à la réalisation. En 1959, il réalise son premier long métrage : Le signe du lion, sorti sans grand succès quelques années plus tard. Au génie turbulent de Godard, au coups d'éclat d'un Truffaut, Rohmer préfère l'épure et la sobriété raffinée, ce qui explique, en partie, le succès mitigé de ses films.
En quête d'indépendance artistique, il crée en 1962, avec Barbet Schroeder, la société de production des Films du losange, qui produira la majorité de ses films. La même année, il entame un cycle de six longs métrages baptisé Contes moraux, qui parcourt toute la gamme des sentiments amoureux : La boulangère de Monceau, La carrière de Suzanne, La collectionneuse, Le genou de Claire, Ma nuit chez Maud, L'amour l'après-midi, autant de chroniques confrontant liberté et morale, raison et sentiments, dans un contexte chaque fois différent et avec des interrogations comme en évolution de film en film. « Tous mes films tournent autour du problème du choix, problème grave, mais traité sur le ton de la comédie », expliquera Rohmer, balayant du même coup cette image trop réductrice d'un marivaudage bourgeois que les critiques ont un peu hâtivement associée à son cinéma.
En même temps que ces Contes moraux, Rohmer se consacre à la réalisation de films pédagogiques pour la télévision : des portraits de Stéphane Mallarmé, Victor Hugo, et Edgar Allan Poe, mais aussi Perceval le Gallois, film adapté des textes de Chrétien de Troyes, et dans lequel une distanciation est créée par l'aveu de tous les trucages de cinéma : décors disproportionnés, plus petits que les comédiens, parties de décors laissées nues ou en carton-pâte apparent.
Le second cycle de sa filmographie, Eric Rohmer le consacrera aux Comédies et Proverbes, où chaque film illustre à sa manière une devise tirée de la sagesse populaire : La femme de l'aviateur, Le beau mariage, Pauline à la plage, Les nuits de la pleine lune, Le rayon vert, L'ami de mon amie forment un cycle complet consacré à la rencontre amoureuse et au couple. En autant de variations sur le thème qu'il y a de films, ce cycle synthétise à merveille les problématiques modernes auxquelles répondent de jeunes adultes, et des femmes en particulier.
Le troisième cycle, celui des Contes des quatre saisons, traite lui aussi des jeux de l'amour et du hasard, mais ne se présente pas, à l'inverse des deux premiers cycles, comme une variation autour d'un même thème. Il s'agit ici des quatre films aux structures et aux modes de narration très différents entre eux.
Ces dernières années, Eric Rohmer avait radicalement changé de genre, se tournant vers les films d'époque en costumes, et des technologies de pointe pour la mise en scène. Deux films d'une puissance déconcertante qui font incursion dans l'Histoire : L'anglaise et le duc (2001), qui offrait un regard neuf sur la Révolution française, avec ses sans-culottes assoiffés de sang, et Triple agent (2004) qui nous plongeait, à la faveur d'un film d'espionnage, dans le Paris troublé des années de Front Populaire et de guerre d'Espagne.
Son dernier long métrage, Les amours d'Astrée et Céladon, une fantaisie pastorale qui nous entraîne au cœur des amours des Gaulois au Vème siècle, adaptée des quelque 5.000 pages de l'ouvrage de Honoré d'Urfé, était comme une confirmation définitive de l'amour de Rohmer pour un cinéma littéraire.