La projection de son Element of crime au Festival de Cannes 1985 déclencha une mémorable surprise. D'un film danois, tradition — et préjugés — oblige, on attendait quelque drame rural mâtiné de réflexion spirituelle et en costumes « d'époque ». Sur l'écran, c'est un thriller bizarrissime, fascinant et plastiquement déroutant, qui s'offrait au regard. Un cinéaste était né. CINEMATEK vous propose un cycle von Trier à l'occasion de la sortie d'Antichrist.
A même pas 30 ans, Lars von Trier se réclamait de Tarkovski mais distribuait à la presse un manifeste prônant la fin du vieux cinéma et l'émergence d'une radicalité nouvelle. Les splendeurs attachantes de l'érotique et mystique Breaking the waves allaient confirmer tout à la fois le talent fou et les singularités intellectuelles du réalisateur danois. La proclamation du Dogme 95, cofondé avec son collègue et compatriote Thomas Vinterberg (Festen), allait faire beaucoup de bruit, invitant les cinéastes à purger leurs films de tout élément perturbant leur « vœu de chasteté » (pas d'armes, pas d'accessoires amenés, tournage en décor naturel et caméra à la main, son direct, absence d'effets optiques, absence du nom du réalisateur au générique, etc.). Sincère et salutaire appel au purisme ou manœuvre destinée à se faire une belle publicité, la démarche passionna, en tout cas, tandis que von Trier proposait un Idioterne extraordinairement déjanté. Après le drame social et musical Dancer in the dark avec la chanteuse islandaise Björk, Palme d'Or à Cannes en 2000, le cinéaste entreprit avec Dogville de fustiger la société américaine tout en dénudant une fois de plus la machine cinématographique, tournant dans un vaste espace unique occupé de dispositifs théâtraux. Il était clair que jamais Lars von Trier ne cesserait d'oser, quitte à déranger. La preuve en fut encore donnée au dernier Festival de Cannes, où son très sulfureux Antichrist suscita la controverse, tout en rapportant un prix d'interprétation à Charlotte Gainsbourg.
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